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27 octobre 2010 3 27 /10 /octobre /2010 08:04

caroline vermalle3[1]
Depuis un mois, Les petits papiers de Mademoiselle, ont eu
le plaisir d’accueillir Annie Degroote, Patrick J. Lambert, Emilie de Turckheim et Marie Charrel. Tous ont évoqué, sans langue de bois, cette période un peu hors du temps, entre deux romans. A son tour, Caroline Vermalle se prête au jeu des questions réponses, clôturant ainsi la série. Née en 1973 dans l’Oise, Caroline Vermalle est une voyageuse, passionnée de cinéma. Diplômée de l’école supérieure d’études cinématographiques, elle part à Londres où elle est embauchée par la BBC. En 2006, Caroline Vermalle réalise son rêve en faisant carrière dans la production de documentaires. Fin 2007, ayant démissionné de la BBC, Caroline Vermalle revient en France. Deux ans plus tard, elle remporte le prix Nouveau Talent de la Fondation Bouygues Télécom avec son roman L’avant-dernière chance, qui est de fait publié aux éditions Calmann-Lévy.

Votre roman, L’avant dernière chance est paru en 2009, que s’est-il passé depuis  ?

Disons que j’apprends, petit à petit, le métier d’écrivain… en écrivant. Contrairement à L’avant-dernière chance que j’ai écrit vite et sans savoir s’il allait être publié (ou même lu), mon deuxième roman, en revanche, a subi une très longue et difficile gestation. Il a été écrit alors que j’étais à la fois grisée, distraite et anxieuse de cette popularité soudaine liée à la parution du premier. C’était peut-être un mal nécessaire, au final, j’ai dû être beaucoup plus exigeante sur ce manuscrit. Il est à présent entre les mains de mon éditeur, qui doit décider de son sort.

 

J’ai appris que la version allemande de votre premier roman allait sortir en mai 2011, expliquez-nous ce que cela représente pour vous et de quelle façon vous êtes mise à contribution pour cette traduction ?

Fort heureusement pour moi, je ne suis pas mise à contribution sur quoi que ce soit au niveau de la traduction (mes cours d’allemand du lycée sont très lointains…). En revanche, j’ai la chance d’avoir une éditrice chez Bastei Lübbe absolument passionnée par le texte et qui a eu la gentillesse de me communiquer le choix du titre, un projet de couverture, etc. L’avant-dernière chance s’appellera « Denn das Glück ist eine Reise » - ce qui signifie « Car le bonheur est un voyage » - et je trouve que ce titre représente parfaitement l’histoire et les sentiments que j’y ai mis. J’attends la sortie avec impatience, entre autres pour savoir comment ont été traduits mes dialogues en « louchébem », l’argot haut en couleurs des bouchers de Paris !

 

Comment vous sentez-vous aujourd’hui plusieurs mois après la sortie de votre premier roman ? Et êtes-vous prête à recommencer ?

L’expérience autour de la sortie L’avant-dernière chance a été tout à fait magique – grâce à l’incroyable enthousiasme et la tendresse que lui ont témoignés les lecteurs. Bien sûr, je suis prête à recommencer, mais ce n’est pas sans anxiété. La réception du premier a été tellement incroyable et inattendue que le deuxième ne peut que décevoir.

 

Pouvez-vous nous dire quelques mots de ce second roman ? Les relations familiales seront-elles, cette fois encore, au cœur de l’histoire ?

Provisoirement intitulé Le vent se lève tard, mon deuxième roman est l’histoire d’une dame au soir de son existence qui décide du jour au lendemain de changer de vie. Mais comment s’y prendre, quand on a 73 ans ? Elle se réfugie sur l’île d’Yeu, chez une vieille cousine qu’elle n’a pas vue depuis 50 ans – et qui a bien changé. Et utilisant leurs souvenirs comme les pièces d’un puzzle, nos héroïnes vont redessiner, touche par touche, ces chères années qui restent… Si l’idée de famille est au cœur de l’histoire, je parle surtout d’une famille reconstituée.

 

Avez-vous tout de même pris une pause après la sortie de L’avant dernière chance ?

J’ai écrit sans interruption depuis L’avant-dernière chance, mais pas que des romans. Je suis auteur de documentaires TV de formation et j’en écris régulièrement, c’est mon « vrai » métier ! Ensuite, pour le plaisir d’explorer d’autres médias. J’ai collaboré sur un projet de BD avec mon frère dessinateur et j’ai fini un scénario de long métrage. Et bien sûr, un troisième roman est déjà en cours…

 

Qu’appréciez-vous dans cette période "entre-deux" et que vous manque-t-il ?

Il me manque un interlocuteur pour me critiquer, m’encourager, pour réagir à chaque étape, rebondir immédiatement à chaque tournant de l’histoire. Idéalement, c’est le rôle d’un éditeur, mais même s’il le fait parfois, je trouve le processus tellement trop lent ! Ce que j’aimerais, en fait, c’est avoir mon propre comité de lecture sur mon épaule à tout moment. Des candidats ? :)

 

Merci Caroline.

Pour en savoir plus sur L’avant-dernière chance.

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 07:12

05 chronique de la rentree litteraire[1]

 

 

 

 

Voici ma contribution aux Chroniques de la rentrée littéraire organisées par Ulike et Cultura.

9782841865369[1]

Qu’avez-vous fait de moi ?  de Erwan Larher est un livre intimiste entre roman et polar. Léopold Fleury, Léo pour les intimes, a 27 ans et des diplômes plein les poches. Remercié par la maison d’édition où il travaillait en CDD, le jeune homme cherche un emploi. « Il faut dire que j’ai été élevé dans la religion du diplôme, la perspective sanctifiante d’un éden professionnel. Résultat : écoles prestigieuses, CV à rallonge, on vous rappelle, merci. » Antihéros, misogyne et mythomane, rien n’ai épargné à Léopold qui reste pourtant convaincu de son apogée future. Les « Un jour je serai tellement riche… » émaillent un récit fluide et prenant. Car oui, le lecteur se laisse entraîner par ce protagoniste, a priori, peu engageant. Proche de l’état végétatif, le presque trentenaire voit sa vie bouleversée par l’arrivée de Virginie, la nouvelle voisine du troisième. Celle-ci lui propose de rencontrer son amie, Laure, qui travaille dans un cabinet de recrutement. Ni une, ni deux, Léopold se retrouve dans le bureau de la dite recruteuse. Et là tout s’enchaîne à vitesse grand V. Léopold décroche un job, au sein du groupe GL Media, et pas n’importe lequel « coordinateur de l’information », s’il vous plait. Son patron, Gabriel Lazure, l’a « à la bonne ». Ce dernier lui confie que derrière son groupe de presse se cache une organisation secrète. De soirées VIP en missions dont les conséquences lui échappent, Léopold, qui hier encore dédaignait ses semblables, se prend pour un justicier. A moins qu’il ne soit devenu fou… Qui sait ? Le lecteur assiste, incrédule et impuissant, à la chute d’un Léopold qui se voyait déjà au sommet. Sensation désagréable. Avec Qu’avez-vous fait de moi ? Erwan Larher signe un premier roman assez réussi.

Mademoiselle

 

Erwan Larher, Qu’avez-vous fait de moi, éd. Michalon, 286 p., 18 €

Voir aussi le site de l’auteur : http://erwanlarher.com/ 

Photo DR

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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 08:26

marie-charrel-portrait[1]
De temps en temps, Les petits papiers de Mademoiselle, accueillent un auteur qui évoque cette période, un peu hors du temps, entre deux romans. Après
Annie Degroote, Patrick J. Lambert et Emilie de Turckheim, Marie Charrel a accepté l'invitation. Journaliste à Capital et Longueur d'Ondes,
Marie Charrel, 27 ans, a grandi à Annecy et Grenoble. Diplômée de l’IPJ, elle a remporté les prix Bayard et Ajis. Une fois ne compte pas, paru en avril dernier, est son premier roman.


Etes-vous déjà sur un nouveau projet ?

Oui.

Pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

Ce roman reprendra quelques ingrédients du premier, notamment l'utilisation occasionnelle du fantastique pour pousser les personnages dans leurs retranchements. Pour le reste, il sera, je crois, très différent. Plus adulte, j'ai conçu le premier au tout début de la vingtaine. Il explorera principalement trois fils rouges. Le premier se penchera sur la façon dont on peut supporter l'absurdité du monde une fois qu'on la découverte. Le second abordera la naissance de l'inspiration chez les peintres et les musiciens. Le troisième évoquera la façon dont l'art peut sublimer les douleurs. Les trois se feront échos. Le tout se passera entre l'Europe et les Etats-Unis. Je n'en dis pas plus !

Et dans quel état d’esprit êtes-vous ?

J'ai écrit le premier sans imaginer une seule seconde qu'il s'agissait d'un roman, et encore moins qu'il serait publié. Je ne me posais aucune question. La conception du deuxième est donc très différente. C'est d'une certaine façon plus facile : je sais désormais quelles sont les erreurs à ne pas commettre. Mes faiblesses. J'ai parfois tendance à me laisser un peu trop diriger par mon imagination délirante, à explorer tous les chemins où elle m'emmène. C'est délicieux mais dangereux. L'imagination doit toujours servir l'intrigue. Sinon, elle ne produit que de la décoration inutile. Je sais désormais m'en méfier. Mais j'ai mis la barre plus haut. C'est ça, le plus dur : le degré d'exigence bien plus élevé envers soi-même.

A présent, dans l'écriture, qu’est-ce-qui vous semble plus facile et inversement qu’est-ce qui vous pose des problèmes ?

Je fais plus facilement confiance à mon écriture et à mon intuition. Le plus dur, c'est le temps. Je cours après en permanence. J'en manque toujours. J'ai l'impression d'écrire toujours dans l'urgence. C'est contre nature. L'écriture exige la lenteur. Je rêverai de passer la moitié de mes journées à lire, l'autre à travailler mes textes, mais c'est impossible : les contraintes du quotidien sont tellement chronophages. Si je touchais l'héritage d'un oncle secret ou gagnais au loto, c'est la première chose que je m'offrirais : le temps.

 

Plusieurs mois après la parution de Une fois ne compte pas vous enchaînez les rencontres avec le public, est-ce que cela aussi nourrit votre style ?  

Rencontrer les lecteurs me nourrit d'abord humainement. Leurs retours sont riches. Mais je ne suis pas sure qu'ils influencent mon écriture. D'abord, parce que leurs remarques concernent mon premier roman, très différent de ce que sera le second. Ensuite, parce que l'écriture reste un exercice solitaire et silencieux. J'aime que ce soit solitaire et silencieux. Je me concentre sur l'intrigue en oubliant tout le reste. Je fais taire toutes les autres voix. C'est la seule façon d'être sûr que le texte vienne vraiment de soi.  

 

Merci Marie.

Vous pouvez retrouver Marie Charrel sur  son blog :
http://mariecharrel.wordpress.com/

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 17:19

9782290016879[1]
Dans son premier roman, L’appartement témoin, Tatiana de Rosnay donne vie à un quinquagénaire blasé, entraîné de New York à Venise, sur les traces d’une femme mystérieuse. Tout commence dans cet appartement témoin, rue de l’Université pour lequel le protagoniste a un coup de cœur. L’agent immobilier tente de le résonner :

 

-         Je crains que cela ne soit pas possible, monsieur. Vous devriez quand même aller regarder les appartements en construction. Vous trouvez celui-ci à votre goût parce qu’il est meublé, c’est le seul qui soit fini et non dans un état brut. Vous l’aimez uniquement parce qu’il est décoré. 

-         Si vous croyez que je succombe devant ces papiers peints, cette moquette et ces meubles immondes, détrompez-vous. Tout cela, hop, viré, vite fait, bien fait.

 

D’abord, on s’amuse de sa répartie avant de s’en agacer puis de s’en désintéresser définitivement. Le héros gâche tout. Sans parler de sa course folle derrière un fantôme, la cantatrice Adrienne Duval, et de son amour chaste pour la fille de celle-ci. Puéril. « A ton âge », s’exclame sa fille Camille. Sans doute le seul personnage intéressant du roman. A 19 ans, Camille est fan de Shakespeare. Elle accompagne son père dans les rues de New-York et lui sert de traductrice voire d'éclaireur. Comme s’il ne pouvait se débrouiller tout seul, « à son âge » ! L’appartement témoin est le premier livre que je lisais de Tatiana de Rosnay. Mieux vaut tard que jamais... Je n’aurai tout simplement pas dû commencer par là. Elle s’appelait Sarah dont j’ai beaucoup aimé le film, aurait sans doute été un meilleur choix.
Mademoiselle

 

Tatiana de Rosnay, L'appartement témoin, éd. J'ai lu, 6 € 

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 06:39

dans-l-attente-d-une-rponse-favorable-22-lettres-de-motivat
Dans l’attente d’une réponse favorable
est un petit livre irrésistible. Irrévérent à souhait, l'auteur Gilles Marchand a rédigé 25 lettres de motivation décalée. Dans ce registre, il faut bien l'avouer, sa plume haut perchée fait des merveilles. L'auteur outrepasse les bienséances mais conserve le ton guindé, fait de formules de politesse et autres phrases toutes prêtes, propres aux lettres de motivation. Un régal.

La première missive émane d’une table de cantine "employée" dans un restaurant d’entreprise. Cette dernière, au bout du rouleau, souhaite être embauchée dans une brasserie. L'absurdité de la situation fait sourire. Plus loin un père, jusqu'alors aux abonnés absents, regarde dans le rétroviseur et voit son fils devenu adulte. Rongé par le remords, il veut rattraper le temps perdu et termine sa lettre d'une bien jolie façon : " Je vous aimerai et me demanderai comment c’était avant vous. Paternellement. PS : Que voudrez-vous faire quand vous serez grand ? "

C’est là tout le talent de Gilles Marchand qui, au moment où l’on s’y attend le moins, nous prend par les sentiments. Comme dans cette lettre où un enfant en sursis demande à Dieu de l’accueillir parmi les anges. Dans l’attente d’une réponse favorable on passe du rire aux larmes avant de s’essuyer les yeux pour mieux rire de nous et des autres.

La politique, du reste, n’est pas épargnée. A l’image d’un de ses représentants qui, impuissant face au malheur des gens, veut travailler dans un magasin de farces et attrapes. Il y a aussi cet homme qui écrit à l’Association des veufs et veuves d’Ile-de-France et concède : " Pour une question de cohérence, j’imagine qu’il serait préférable que j’élimine physiquement mon épouse. " Ou encore le mot "courant" qui rêve d'intégrer l’Académie française… Un petit livre irrésistible vous disais-je, à mettre entre toutes les mains cela va de soi.

Mademoiselle     


Gilles Marchand, Dans l’attente d’une réponse favorable, illustrations Philippe Bernard, éd. aNTIDATA, 8 €

A propos des éditions aNTIDATA : aNTIDATA publie depuis 2004 de courts textes de fiction, nouvelles, récits et dialogues. La maison d’édition entend ainsi promouvoir la forme courte en littérature. Elle édite, à quelques exceptions près, des auteurs peu connus, voire débutants et travaille, sur certains recueils, avec des illustrateurs. www.antidata.org

Photo DR / Illustration : Philippe Bernard
 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 10:00

juliette2[1]
Juliette, de Anne Fortier, nous emporte à travers l’histoire de Roméo et Juliette, dans une Sienne contemporaine ou les rivalités familiales sont toujours d’actualité. Ce livre a tout : du style, un rythme proche du Da Vinci Code avec son intrigue tissée de secrets, et bien sûr une histoire d’amour à tomber.

Au fil des pages, pris au jeu et oubliant tout ce qui l'entoure, le lecteur se retrouve dans le « palazo Salimbeni » en compagnie d’une flamboyante Eva Maria ou assiste au Palio, cette course de chevaux née au Moyen Age, dont le vainqueur remporte le « censio ».

La vie réserve bien des surprises. Il y a encore quelques jours, Julie était aux Etats-Unis et la voilà à présent dans un avion à destination de l'Italie. Depuis la mort de Rose, sa tante, tout est si différent, si étrange, presque étranger. A commencer par ce testament, où Rose lègue tous ses biens à Janice, tandis que Julie doit se contenter d’un jeu de piste. Non, décidément, cela ne lui ressemble.

Assise dans cet l’avion, juste au dessus de l’Atlantique, Julie se pose mille questions. Pourquoi sa tante a-t-elle toujours refusé qu’elle et sa sœur retournent sur les lieux de leur enfance ? Comment va-t-elle être reçue par sa famille italienne ? Et si son destin était sur le point de s’accomplir ? Si Julie était en réalité LA Juliette de William Shakespeare…
Mademoiselle

A propos de l’auteur : Anne Fortier a grandi au Danemark avant de s’installer aux Etats-Unis où elle travaille dans le cinéma. Juliette a été traduit dans 26 pays.
Son site (en anglais) : http://www.annefortier.com/

Ce livre a fait l'objet d'un partenariat avec Blog-o-book, merci à eux et aux éditions Michel Lafon.

Photo DR

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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 06:47

Photo : Sandrine Roudeix

 

De temps en temps, Les petits papiers de Mademoiselle, accueillent un auteur qui évoque cette période, un peu hors du temps, entre deux romans. Après Annie Degroote et Patrick J. Lambert, Emilie de Turckheim a accepté l’invitation. Née en 1980, Emilie de Turckheim se lance très tôt dans l'écriture. Son premier roman, Les Amants terrestres est publié en 2005 suivi de Chute Libre en 2007. Ses visites à la prison de Fresnes, où elle rencontre des détenus, lui inspire Les Pendus en 2008. Enfin, son dernier livre Le Joli Mois de mai est sorti cet été.

Le Joli Mois de mai est sorti en août, entre sa promotion, les rencontres avec le public, avez-vous trouvé le temps de commencer un nouveau roman ?
J’ai la sensation que l’écriture a tout le temps lieu. Les moments d’écriture physique, ceux où l’on se plante devant un écran d’ordinateur, les doigts happés par le clavier, ne sont qu’une phase de l’écriture. Il existe d’autres moments pendant lesquels s’accumulent de façon impalpable des bribes de dialogues, des voix, des décors, des visages de personnages. C’est ce qui se produit depuis la sortie du Joli Moi de mai : un nouveau roman se rue à la porte de mon imagination, mais je le laisse un peu s’épaissir et piétiner, je n’écris pas une ligne, j’attends d’être disponible pour lui. 

 

Dans ce cas, pouvez vous nous dire quelques mots de votre prochain livre ?

Ce sera l’histoire d’un « modèle vivant », une femme qui gagne sa vie en posant nue pour des peintres. J’aimerais décrire ce qui se passe intimement quand on pose nue pour la première fois, pour la centième fois : ce que ressent le corps, le froid, le chaud, l’excitation, la gêne et l’impudeur, le plaisir et l’inconfort, comment bat le cœur, quelle timidité nous prend, quelle forme d’érotisme silencieux et intense façonne les rapports entre un peintre et son modèle, combien la lenteur des poses dilue les heures – et combien cette lenteur est précieuse dans une époque si rapide et bavarde.

 

Avez-vous déjà connu des périodes « d’entre-deux » où vous n’écriviez plus une seule ligne ?

Non, depuis que j’ai appris à écrire, j’ai toujours écrit des histoires. Et même avant d’ailleurs ! Je me revois à l’âge de quatre ans dans mon lit blanc à barreaux : j’imaginais une histoire que je poursuivais dans ma tête chaque soir ; c’était souvent les aventures d’une petite fille Inca kidnappée par un conquistador espagnol (Librement inspiré du dessin animé les « Mystérieuses cités d’or » qui passait sur Antenne 2 !)

 

Comment vivez-vous les premiers jours qui suivent la remise d’un manuscrit ?

Je n’y pense pas. A partir du moment où je rends un manuscrit, je me détache de lui, j’éprouve un mélange de soulagement et de nostalgie, mais je ne suis pas anxieuse.   

 

Enfin sur le long terme, comment employez-vous ce temps entre deux romans ? Etes-vous plutôt du genre à vous reposer ou à tenter de rattraper le temps passé à écrire ?

Je n’ai jamais vraiment de « temps entre deux romans » : je suis toujours en train d’écrire ou de corriger quelque chose que j’ai écrit, ou de penser à l’écriture à venir. Chez moi, l’écriture est comme le sommeil : quotidienne, nécessaire et presque sans conscience, oscillant entre le cauchemar et le rêve délicieux.  

Merci Emilie.

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12 octobre 2010 2 12 /10 /octobre /2010 07:00

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De deux choses l’une de Christine Détrez est un livre poignant sur la fraicheur des jeunes filles en fleur dissimulant
 un secret sordide. C’est l’histoire de deux petites filles, presque adolescentes. Jeanne et Jeanne, vierge folle et vierge sage, deux meilleures amies que rien ne pourrait séparer et pour cause… On comprendra plus tard, trop tard sans doute, ce qui les unit à jamais. Pour l’heure, le silence s’impose. D’ailleurs, à qui pourrait donc se confier l’une des deux Jeanne, cette petite, presque jeune fille. Personne ne la croirait… Elle en est persuadée.

Pauvre petite Jeanne, tandis que sa meilleure amie danse et chante, elle, tente de rester à la surface en dépit du monstre qui rôde. « Je flottais au milieu des algues, anguille moribonde. On a beau se dire que l’on va se laisser couler, ça ne sert à rien, on sait bien qu’au dernier moment, on poussera du pied pour remonter, pour respirer. Je flottais, cheveux ondulant comme les couleuvres, médusée. Pétrifiée par mon propre regard, pétrifiée d’avoir traversé le miroir, d’être passée de l’autre côté, celui où l’on n’est plus jamais une petite fille, c’est comme ça qu’on les attrape, les méduses, en leur présentant leur propre reflet. » Après tout se dit-elle souvent, « si c’était de ma faute, si c’était moi qui l’attirait ».

Vous l’aurez compris, il s’agit d’un viol. Si l'en est un pire qu'un autre, celui-ci est sans doute le plus terrible... Je ne vous en dirai pas plus. De deux choses l’une est un livre sublime sur les non-dits, ceux qui détruisent de l’intérieur en voulant sauver les apparences.

Mademoiselle

 

Ce livre a fait l’objet d’un partenariat avec Blog-o-book, merci à eux et aux éditions Chèvre feuille étoilée.

Photo DR

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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 08:00

3874446796[1]
Publié pour la première fois, en 2007, aux éditions du Dilettante, Hors jeu de Bertrand Guillot vient de sortir en format poche. L’occasion pour Les petits papiers de Mademoiselle de revenir sur ce roman d’un cynisme rare.


Depuis sa sortie de l’école tout réussi à Jean-Victor Assalti. Jeune cadre montant d'une boite de pub, son boss lui promet monts et merveilles : « Tu verras, tout ira vite pour toi. Tu es doué – plus que moi, peut-être. Au prochain client je te mettrai en solo. Pour l’instant, tu piges, tu te blindes, tu te prépares. Attention au décollage ! » Et quel décollage, un an plus tard, Jean-Victor est débarqué ! Finie la vie facile et comme si cela ne suffisait pas, dommage collatéral oblige, sa copine le quitte. Pour le jeune loup aux dents longues, surnommé Stratège par ces amis, la pilule est dure à avalée.
D'autant qu’à ses yeux, guidé par un manichéisme primaire sans borne, le monde se scinde en deux : les dominants et les dominés. Pas question de tomber dans la deuxième catégorie.

Au départ, confiant, Jean-Victor envoie des CV, se rend aux entretiens, surveille son portable comme si le messie en personne allait l’appeler pour lui proposer un poste. Mais les jours, puis les semaines, passent sans résultats probants. Alors, faute de mieux, suite à un pari entre amis, Jean-Victor participe à un jeu télévisé : La Cible. Dès lors, son quotidien n'est plus qu'un entrainement intensif, Quid à l’appui. Quitte à participer autant gagner, non ? Un roman décalé et réjouissant malgré la situation rencontrée par le protagoniste.
Mademoiselle

 

Bertrand Guillot, Hors jeu, éd. J’ai lu, 284 p., 6 €


Merci aux éditions J'ai lu, et tout particulièrement à Coralie, pour ce livre.

Photo DR

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9 octobre 2010 6 09 /10 /octobre /2010 09:47

Le-front-russe[1]
Jean-Claude Lalumière né à Bordeaux en 1970, après des études de Lettres, il multiplie les expériences dans des domaines aussi variés que la papeterie industrielle, l’enseignement, le bâtiment, la radio et bien sûr l’administration. Expériences dont il s’est inspiré pour écrire son premier roman, Le Front russe, une satire de la bureaucratie.

 

Comme votre héros, vous êtes originaire de Bordeaux, quels sont les autres éléments autobiographiques du roman ?

Il y en a bien sûr mais ce sont des situations qui ont été vécues par beaucoup d’entre nous. Je pense à certaines situations relatives à l’enfance (les interminables déjeuners de famille auxquels les parents vous obligent à assister, le mal au cœur en voiture sur les routes de montagne, les jouets éparpillés dans la chambre) mais aussi à d’autres liées au monde du travail (le premier jour, les pots de départ, les réunions inutiles, les procédures dénuées de sens). Elles sont des archétypes du monde auquel elles se réfèrent. Cependant, comme le personnage du Front russe, j’ai quitté Bordeaux, bercé de rêves et d’illusions, pour entreprendre une carrière dans la fonction publique. Ses quelques appuis étaient rassurants pour l’auteur débutant que je suis. Ensuite, il a fallu que je prenne un peu de distance. Il me fallait donner une lecture d’une situation et non pas donner l’impression de la vivre de l’intérieur. C’était une position obligatoire pour donner une dimension intéressante à cette histoire.

 

En lisant Le Front russe on rit beaucoup sauf peut-être à la fin. L’humour est-il, selon vous, le meilleur moyen pour ne pas sombrer ?

C’est en tout cas ainsi que j’ai voulu traiter ce sujet. C’est comme dans le film de Woody Allen, Melinda et Melinda, dans lequel deux types de scénaristes traitent tour à tour d’une situation, développant qui une comédie, qui un drame. Ce n’est qu’une question de point de vue. J’ai pris celui de l’humour et de l’autodérision. La fin ne prête pas à sourire, c’est sûr, mais elle invite le lecteur à revenir sur les pages qu’il vient de parcourir avec un autre regard. S’il est un moyen de ne pas sombrer, plus que l’humour, il s’agit de la littérature. N’est-ce pas « le meilleur moyen d’entendre parler de soi », comme l’écrit Frantz Bartelt, et de trouver des réponses ?

 

Racontez-nous comment votre roman est né et comment vous avez, ensuite, trouvé votre éditeur ?

L’idée d’un roman sur la première expérience professionnelle existait depuis un moment, parce qu’elle est un des derniers rites de passage à l’âge adulte et qu’elle soulève de nombreuses questions sur l’éducation. L’écart entre les rêves que fait naître ce premier emploi et la réalité est un espace suffisant pour développer une fiction. Je pouvais à la fois puiser dans mon expérience et inventer des situations. Le déclic a sans doute été la lecture du roman de William Gerhardie, Les Polyglottes, qui décrit le milieu des diplomates au moment de la révolution russe de 1917. J’avais alors trouvé la toile de font du Front russe : la diplomatie. Je pouvais me lancer dans l’écriture du roman.

Les éditions Le Dilettante étaient celles avec lesquelles je voulais travailler. Lorsque, dans un premier temps, j’ai envoyé mon manuscrit et que j’ai reçu une lettre de refus quelques semaines plus tard, j’ai été très abattu. Et puis, tout en continuant de proposer le texte à d’autres éditeurs, je me suis remis au travail. Le courrier de Dominique Gaultier était argumenté et je me suis appuyé sur ses motifs de refus pour améliorer le texte. Il est arrivé que certaines remarques faites par d’autres éditeurs m’aident aussi. Plusieurs mois sont passés. J’ai envoyé mon texte de nouveau au Dilettante en expliquant pourquoi cette nouvelle version pouvait justifier une publication. Et aujourd’hui Le Front russe existe. Il faut croire en La Poste, et au travail, surtout.

  

Enfin, quand comptez-vous venir présenter votre livre, ici, à Bordeaux ?

Je viendrai les 11 et 12 décembre à Blaye, pour Livre en Citadelle. Mais pour l’heure, je n’ai reçu aucune invitation pour Bordeaux même. Il y a de la place dans mon agenda pourtant…


Merci Jean-Claude.

 

Jean-Claude Lalumière, Le front russe, éd. Le Dilettante, 254 p., 17 €


Vous pouvez aussi retrouver Jean-Claude Lalumière sur son propre blog : http://jclalumiere.over-blog.com/

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