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3 décembre 2011 6 03 /12 /décembre /2011 07:57

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Après Cypora Petitjean-Cerf, Sophie Adriansen et Ariane Charton, cette semaine Grégoire Delacourt se projette à son tour dans l’avenir.

Publicitaire reconnu, on lui doit le « Vous n'aviez jamais mangé de camembert » pour Cœur de Lion, Grégoire Delacourt est aussi l’auteur d’un premier roman très remarqué. L’écrivain de la famille, publié aux éditions J.-C. Lattès en janvier dernier a reçu une avalanche de  prix (Prix Marcel Pagnol, Prix Rive Gauche à Paris, Prix Cœur de France, Prix Carrefour du premier roman) dont l’auteur fut le premier surpris.

Les mois ont passé, nous sommes le 3 décembre 2012, qu’espérez-vous avoir accompli d’ici là ?
Réparé la chasse d’eau du premier. Changé de lunettes. Continué à faire rire « la fille assise sur la voiture » (Cf. L’écrivain de la famille). Avoir lu un Houellebecq. Réussi mon deuxième livre, avoir commencé le troisième. Ne plus haïr le monde à chaque fois qu’une gamine sert de défouloir à un type. Et pour fêter tout ça, aller voir « Frankenweenie » de Tim Burton qui sera sorti en salle depuis quelques jours.

Une décennie s’est écoulée. Vous écrivez toujours ou vous avez renoncé. Inévitablement, vous avez dû faire des choix, quels sont-ils, et où sont désormais vos priorités ?
Si j’ai arrêté d’écrire, j’espère que c’est pour une bonne raison et que j’en suis profondément heureux. Si j’ai continué, j’espère le faire pour une bonne raison : ressentir et partager un incroyable plaisir. Mais comme il n’y a pas que l’écriture, j’espère que j’aurais trouvé du temps pour aider les gamines évoquées ci-dessus. Appris au stress à se passer de moi. Et avoir fait un potager.

Un siècle après, l’heure est à la postérité. En quels termes voudriez-vous qu’on se souvienne de vous ?
De qui ?

Lire aussi :  http://les-petits-papiers-de-mademoiselle.over-blog.com/article-le-prix-rive-gauche-a-paris-revient-a-gregoire-delacourt-78462890.html



Photo : David Ignaciewski

 

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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 07:07



Après Cypora Petitjean-Cerf et Sophie Adriansen, cette semaine Ariane Charton se projette à son tour dans l’avenir.


Spécialiste du romantisme, Ariane Charton est l'auteur d’une anthologie Cher Papa, les écrivains parlent du père, publiée aux éditions Lattès ; d’un album Goncourt, cent ans de littérature, édité aux éditions Viénot. Son premier roman, Le roman d’Hortense, est paru en 2009 aux éditions Albin Michel presque en même temps que Lettres pour lire au lit, la correspondance amoureuse de Marie d’Orval et Vigny, au Mercure de France. En 2011, elle a publié Marie d’Agoult, une sublime amoureuse, aux éditions Kirographaires. Ariane Charton a également écrit une biographie d’Alfred de Musset chez Gallimard, une seconde sur Claude Debussy est actuellement en préparation.

Les mois ont passé, nous sommes le 26 novembre 2012, qu’espérez-vous avoir accompli d’ici là ?
Ma biographie de Debussy aura paru quelques mois auparavant, j'espère qu'elle vivra en librairie avec quelque succès. J'espère surtout dans un an avoir réussi à prendre des décisions importantes pour ma vie personnelle, décisions loin de la littérature mais qui me permettront peut-être d'y revenir un jour. J'espère aussi avoir lu quelques très beaux livres dont je n'imagine pas encore l'existence et toujours animer avec Lauren Malka quelques Mercredis littéraires passionnants, un rendez-vous tellement couru qu'on manquera de chaises dans la salle !


Une décennie s’est écoulée. Vous écrivez toujours ou vous avez renoncé. Inévitablement, vous avez dû faire des choix, quels sont-ils, et où sont désormais vos priorités ?
Je voudrais avoir écrit un livre pour mon enfant, si j’en ai un, ce qui n'est évidemment pas certain. Un livre pour la jeunesse ou bien un livre qui aurait trait à la maternité ou encore que j'aurais écrit en pensant à mon enfant, pour lui transmettre un message. Dédier un livre à quelqu'un, ce n'est pas seulement écrire quelques mots en exergue mais lui parler secrètement, sans savoir s'il vous devinera ou vous comprendra.
J'aimerais peut-être avoir rédigé un petit livre sur Astolphe de Custine qui est un écrivain romantique mineur, certes, mais aussi une âme généreuse et délicate. Il mérite un hommage. Et peut-être avoir publié ma biographie de Roger de Beauvoir qui reste à l'état de document word, migrant à chaque fois que je change d'ordinateur.

Un siècle après, l’heure est à la postérité. En quels termes voudriez-vous qu’on se souvienne de vous ?
Je ne sais pas si j'aurais publié d'autres livres d'ici ma mort. Mais, en me bornant à mes livres existants, j'espère qu'ils seront lus par quelques passionné(e)s de l'époque romantique. Que ma modeste réflexion et mes recherches enrichiront ces lecteurs, qu'ils seront heureux d'y apprendre des choses qu'ils ne connaissaient pas. Apporter la même joie intellectuelle que celle qui a été la mienne en lisant les ouvrages ou les éditions annotées de spécialistes comme Georges Lubin pour George Sand, Jean et Alain Bonnerot pour la correspondance de Saint-Beuve, Roger Pierrot pour Balzac, Victor del Litto pour Stendhal, Paul Benichou pour sa somme Les Mages romantiques, etc. Leur travail de moine est remarquable et toujours porté par l'enthousiasme. Sans les égaler, je voudrais que mon nom reste attaché au romantisme français.

Photo : DR

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19 novembre 2011 6 19 /11 /novembre /2011 08:15



Cinq auteurs ont accepté de se projeter dans l’avenir. Exercice difficile auquel ils se sont pliés avec sincérité. Après Cypora Petitjean-Cerf, cette semaine Sophie Adriansen répond à mes questions.

Sophie Adriansen est l'auteur de Je vous emmène au bout de la ligne, le témoignage d'un conducteur de métro, publié en 2010 aux éditions Max Milo. Elle est aussi auteur d'une nouvelle dans le recueil Six façons de le dire aux côtés de David Foenkinos, Mercedes Deambrosis, Christophe Ferré, Nicolas D’Estienne D’Orves et Yasmina Khadra, paru aux éditions du Moteur.
 
Les mois ont passé, nous sommes le 19 novembre 2012, qu’espérez-vous avoir accompli d’ici là ?
Douze mois d’écriture, c’est long, douze mois d’édition, c’est court. J’espère, d’ici un an, avoir donné une orientation tranchée à une matière que j’accumule depuis plusieurs mois sur un sujet délicat, et en avoir fait un roman - ou, du moins, en avoir jeté les bases -, la difficulté étant que je suis la seule à pouvoir peux m’y décider. J’espère également avoir finalisé plusieurs autres projets en cours (je trouve toujours plus simple de démarrer un projet que d’y mettre un terme). J’aimerais enfin que l’année à venir voit la publication de mon premier roman, en particulier parce qu’il évoque des évènements qui résonneront étrangement en 2012.

Une décennie s’est écoulée. Vous écrivez toujours ou vous avez renoncé. Inévitablement, vous avez dû faire des choix, quels sont-ils, et où sont désormais vos priorités ?
Renoncer à écrire n’est pas envisageable une seule seconde, indépendamment de tous les paramètres qui suivent l’écriture (publication, accueil, etc.). Ecrire et être édité sont deux objectifs distincts et, si le second ne peut se passer du premier, c’est bien le premier qui est mon moteur. Je passe le plus clair de mon temps à écrire, bien que les matières, les longueurs, les finalités soient variées. D’ici dix ans, j’espère avoir centré ces activités autour de quelques grands axes, et pouvoir sereinement envisager l’écriture du prochain roman lorsque je mets le point final à celui en cours. Mais cela me semble extrêmement loin… et je sais que planifier les choses reste le meilleur moyen pour qu’elles se passent autrement.

Un siècle après, l’heure est à la postérité. En quels termes voudriez-vous qu’on se souvienne de vous ?
Laisser une trace n’a jamais été chez moi un désir ni un but. J’espère écrire des textes ancrés dans leur époque, j’en ai du moins la sensation en le faisant, aussi, le fait qu’ils soient reçus comme tels suffit à ma satisfaction. Mon meilleur salaire provient des retours de lecteurs, j’écris pour le présent… Mais évidemment, je serais ravie de provoquer chez des lecteurs les émotions en tous genres que j’ai ressenties et que je ressens encore au quotidien en tant que lectrice, et fière que cela me survive…

Sur cet auteur, lire aussi : Entre deux romans


Photo : DR

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 08:15

Chanel intime

À l’heure où le « mademoiselle » fait l’objet d’une polémique des plus absurdes, ce livre tombe à point nommé. Publié aux éditions Flammarion, Chanel Intime rassemble, sous la plume d’Isabelle Fiemeyer, les souvenirs des proches de Gabrielle Chanel. Chanel Intime donne ainsi la parole à Gabrielle Palasse-Labrunie, dit Tiny, la petite-nièce et descendante directe de la Coco Chanel. Compagne de plus de quarante ans, adorée par sa grande tante, Gabrielle Palasse-Labrunie éclaire les zones d’ombres entourant la personnalité de sa prestigieuse parente.

Cultivant à outrance cette part de mystère, Auntie Coco, comme l'appelait sa petite-nièce, était pourtant aux antipodes de l’image qu’elle renvoyait. « Pour protéger sa vie de famille, Auntie Coco faisait profession de ne pas s’intéresser aux enfants alors qu’elle adorait leur compagnie et s’occupait de nous comme d’une mère ou d’une grand-mère. Les photographies publiques et privées témoignent de cette différence. Elle a construit une image officielle, saisie par les plus grands photographes, elle qui maîtrisait si parfaitement le jeu des apparences et, de la même manière a fait de sa vie un roman. »

Chanel Intime revient sur l’attachement de Coco Chanel au symbolisme, au spirituel et à l’ésotérisme mais aussi à l’art et à la littérature. Aujourd’hui encore, peu de gens connaissent son attrait et son engagement pour la culture. Coco Chanel fut, il est vrai, une si discrète mécène.

Aux confidences des proches s’ajoutent des photos, parfois inédites, d’objets ayant appartenus à la célèbre créatrice de mode. Des objets dont certains servaient à conjurer le mauvais sort. Forcer le destin, tel fut l’une des clés de sa réussite. A noter aussi le témoignage de Quitterie Tempé, petite-fille d’Etienne Balsan, qui pour la première fois a accepté d’évoquer les liens de Coco chanel avec son grand-père. Un beau-livre à offrir aux passionnés de la grande Mademoiselle et pourquoi pas aussi à toutes les demoiselles.

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12 novembre 2011 6 12 /11 /novembre /2011 06:50

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Photo : Francesca Mantovani

 

Pour cette nouvelle série, qui paraîtra chaque samedi, cinq auteurs ont accepté de se projeter dans l’avenir. Exercice difficile auquel ils se sont pliés avec sincérité.

 

Cypora Petitjean-Cerf a publié en 2005 L’école de la dernière chance, le récit d'un an en classe-relais, elle est aussi l’auteur de trois romans, Le musée de la Sirène, Le corps de Liane et Le Film, tous parus chez Stock.

 

Les mois ont passé, nous sommes le 12 novembre 2012, qu’espérez-vous avoir accompli d’ici là ?

Le 12 novembre 2012, j'espère avoir quitté l'enseignement pour me consacrer à l'écriture. J'espère avoir osé prendre ce risque-là. J'espère avoir eu un second enfant de chair. J'espère également "attendre" un cinquième enfant de papier. A l'usage, on finit par se rendre compte que la création littéraire et la maternité sont à la fois similaires et concurrentes.

Une décennie s’est écoulée. Inévitablement, vous avez dû faire des choix, quels sont-ils, et où sont désormais vos priorités ?

Dans dix ans, j'espère jouir d'une totale liberté de création. Comprendre : j'espère gagner ma vie avec mes livres. Vivre pour écrire et écrire pour vivre. Devenir riche n'est pas un objectif qui m'intéresse. Devenir suffisamment riche pour ne faire qu'écrire, si. Je me vois abandonner mes enfants devant leur école avec une joie coupable et rentrer à la maison ventre à terre pour continuer le livre en cours.

Un siècle après, l’heure est à la postérité. En quels termes voudriez-vous qu’on se souvienne de vous ?

Avant, je pensais que la littérature me sauverait de la mort. Et bien évidemment, je me suis rendu compte que c'était une illusion. Rien ni personne ne peut nous sauver de la mort. La postérité n'empêche ni la disparition du corps, ni celle de la conscience. Le souvenir que je laisserai n'a donc pas grande importance. Mais à choisir, j'aimerais que les générations suivantes continuent à lire et à aimer mes livres parce que ces livres parlent de l'Humain en général et de la femme en particulier.

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15 octobre 2011 6 15 /10 /octobre /2011 08:33


 100, boulevard du Montparnasse raconte deux enfances diamétralement différentes, celles d’un père et de sa fille. Deux enfants vivant dans le même petit appartement à quelques années d’intervalle, autant dire à des années lumière.

  

 Le père a connu Paris sous l’Occupation, la révélation de sa judéité qu’il ignorait, la fuite puis le retour, les visites à l'hôtel Lutecia où les fantômes ressurgissaient parfois, survivants revenus de l'enfer.

 

 

La fille, elle, vivra une enfance peuplée de questions sans réponses. « Cette famille de mon père, dont le silence m’a tant pesé, je me suis mise un jour à la dessiner. » Récit autobiographique à part entière, 100, boulevard du Monparnasse revient avec pudeur sur le malaise de la génération d’après, celle qui voulait savoir, comprendre, et à qui on ne disait rien.

 

Page après page, le lecteur dévore le texte, admire les dessins, et retrouve ce plaisir où étant enfant il feuilletait des albums. Préfacé par Geneviève Brisac, 100, boulevard du Montparnasse, dévoile tout le talent d’Anne Gorouben. Des dessins sombres avec ces personnages aux allures de statues d’où se dégage une étrange lumière. 

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3 octobre 2011 1 03 /10 /octobre /2011 19:58

 

Cette main qui a pris la mienne montre ce que les hasards de la vie ont parfois de plus terrible. Imaginez une mère dont le fils sera élevé par sa pire ennemie…

 

Autant l’avouer de suite, j’aurais pu abandonner le dernier roman de Maggie O’Farrell au fin fond de ma bibliothèque, s’il n’y avait eu l’éblouissante Lexie, sa soif d’indépendance, ses choix irrémédiables, sa capacité à surmonter les plus grands malheurs comme à vivre pleinement les moments de bonheur. Jeune journaliste, aussi talentueuse qu’impétueuse, Lexie est la clé de l’intrigue, le fil ténu mais incassable reliant tous les personnages du roman.

 

Ici, les femmes sont actrices voire dominatrices et les hommes considérés comme de simples géniteurs. Autre figure féminine,Elina, une jeune finnoise dont on se demande ce qu’elle fait là. Pièce rapportée d'une famille qu’elle n’a pas vraiment choisie, à la fin du roman, une surprenante découverte vient pourtant la propulser sur le devant de la scène. Reste la diabolique Margot, vipère au regard insondable, fruit d'un mensonge, et prête à se taire toute sa vie pour conserver ce qu'elle a volé. 

  

Une fois de plus, le talent de Maggie O'Farrell fait mouche. Grattant le vernis des faux-semblants, elle fait apparaître une incroyable vérité.

 

Récompensé par le prestigieux Costa Book Award, Cette main qui a pris la mienne fait partie de la sélection du Prix ELLE.

 

Photo DR

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25 septembre 2011 7 25 /09 /septembre /2011 19:57

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« J’écris Lucile avec mes yeux d’enfant grandie trop vite, j’écris ce mystère qu’elle a toujours été pour moi, à la fois si présente et si lointaine, elle qui, lorsque j’ai eu dix ans, ne m’a plus jamais prise dans ses bras. »

Avec Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan livre un récit à fleur de peau où l’amour et la douleur marquent une histoire familiale sidérante. Une incroyable ascendance, à laquelle s’ajoute le combat mené par l’auteur pour dresser le portrait de sa mère. Delphine de Vigan ne cache rien de ses doutes, de ses angoisses. Comment trouver les mots justes, le ton adéquat pour décrire cette femme magnifique et mystérieuse qui préféra finalement la mort à la vie ? Comment trouver la force de surpasser le déni, d’exhumer les secrets enfouis ? Delphine de Vigan essaie de comprendre et livre ici non pas la vérité mais sa vérité.

Lucile souffrait de bipolarité. Rien ne s’oppose à la nuit décrit la violence de ce mal aussi soudain qu’éreintant. Cette dernière se souvient du jour où sa vie changea du tout au tout.

« Ce jour ma vie a basculé de manière irréversible. Je prends des vessies pour des lanternes, les enfants du bon dieu pour des canards sauvages. Je ne fais plus la part du réel et de l’imaginaire. Je vais passer quarante-huit heures d’enfer avant d’arriver à l’hôpital psychiatrique pendant lesquelles je vais me déplacer, parler, agir, outrepasser sans désemparer. C’est du temps qui va aller très loin et me coûter très cher. C’est du temps irrémédiable. »

Moment de lucidité d’une femme qui, après maintes rémissions et autant de rechutes, fut atteinte d’un cancer, l’épreuve de trop. Lucile se suicida quelques semaines après la mort de sa propre mère. Elle avait 61 ans. Témoignage poignant d'une vie bouleversante, Rien ne s'oppose à la nuit est aussi une déclaration d'amour, tout en retenue, d'une fille à sa mère.

Photo DR

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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 07:33

 


Un passé marqué par le sceau du secret, une génération écrasée par le poids de celles qui l’ont précédée, la vente d’une propriété pour tenter d’oublier... La Maison Matchaiev, publié aux éditions Serge Safran est le premier roman de Stanislas Wails dans lequel une fratrie (deux frères et une sœur) tente de trouver sa place dans une histoire familiale qui la dépasse.

Dans ce ballet des non-dits, où le silence répond aux cris, plane la culpabilité. Voués à payer pour des erreurs qu’ils n’ont pas commises, les enfants Matchaiev font figure de génération sacrifiée. Anne, la sœur, peine à terminer sa thèse. Pierre, l’aîné, ne parvient pas à assumer sa relation avec Elise, une jeune femme pourtant parfaite en tout point. Quant à Joschua, le benjamin, il se réfugie dans le dessin pour échapper à la réalité et à un amant devenu trop pressant. Reste Vera, la tante, une bonne samaritaine un rien dépravée, qui défend les sans-abris un verre de champagne à la main. Dans ce huis clos, où la figure du père absent est omniprésente, l’issue proposée par l’auteur est un peu facile. Comme s’il suffisait de détruire les souvenirs pour oublier…

Dans ce roman à l'accent russe, il est aussi question d’exil, de guerre et de collaboration. La plume de Stanislas Wails distille un parfum éphémère mais entêtant comme ce secret à peine énoncé, de suite enterré mais impossible à occulter. Réflexion sur les actes des générations passées, et sur la façon dont nos vies en sont impactées, La Maison Matchaiev interroge le lecteur. Et si ignorer ses origines était finalement une chance...

Extrait :

« Comme pour faire tomber la nuit plus vite, Anne mit le raga de la veille, à la même heure. Les notes égrenées une à une, avec lenteur afin que leurs harmoniques aient le temps de former un fond sonore aussi souple que chatoyant, telles ces soieries indiennes mises à sécher au bord du Gange et qui palpitent dans les soirées de Bénarès, détenaient l’étonnant pouvoir de densifier le silence. Agissant à la façon de ces gros aimants ronds et polis qu’on jette au milieu d’une table recouverte de limailles, elles attiraient les dernières bribes de bruits pour mieux les dissoudre, par une alchimie incompréhensible mais efficace.

Anne posa les deux mains sur la vitre fraîche de la porte-fenêtre, elle sentit sa respiration devenir profonde. Dehors la colline verdoyante et la forêt qui lui succédait étaient déjà dans l’ombre, immobiles, en attente. Anne ne les regardaient pas vraiment. La musique, qu’elle connaissait par cœur et qui se déployait en même temps comme pour la première fois, était pareille à un kaléidoscope, gorgée d’odeurs, de couleurs, de formes merveilleusement élaborées, et tragiquement éphémères. »

 

La maison Matchaiev, Stanislas Wails, éd. Serge Safran, 256 p., 17 €.

 

Photo : DR

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25 juillet 2011 1 25 /07 /juillet /2011 21:28

Je suis en vacances, c'est vrai. Et les vacances c'est fait pour se reposer, ok. Mais je n'ai pas résisté à l'envie de vous montrer les premiers livres que j'ai reçus, vendredi dernier, pour le Grand Prix des lectrices ELLE ! J'ai déjà lu Brasiers de Derek Nikitas et Le chemin de la vie de Maurice Nadeau. Pour savoir ce que j'en ai pensé, rendez-vous ici, dans quelques semaines...

P7300285
  


Catégorie policiers :
Brasiers, Derek Nikitas, éd. Télémaque.
Marée noire, Attica Locke, éd. Gallimard.
Catégorie documents :
La plus belle histoire des femmes, Françoise Héritier, Michelle Perrot, Sylviane Agacinski, Nicole Bacharian, éd. du Seuil.
Le chemin de la vie - entretiens avec Laure Adler, Maurice Nadeau, éd. Verdier.
Catégorie romans :
Tu verras, Nicolas Fargues, éd. P.O.L.
Cent ans, Herbjørg Wassmo, éd. Gaïa.
Les privilèges, Jonathan Dee, éd. Plon.

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