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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 07:33

 


Un passé marqué par le sceau du secret, une génération écrasée par le poids de celles qui l’ont précédée, la vente d’une propriété pour tenter d’oublier... La Maison Matchaiev, publié aux éditions Serge Safran est le premier roman de Stanislas Wails dans lequel une fratrie (deux frères et une sœur) tente de trouver sa place dans une histoire familiale qui la dépasse.

Dans ce ballet des non-dits, où le silence répond aux cris, plane la culpabilité. Voués à payer pour des erreurs qu’ils n’ont pas commises, les enfants Matchaiev font figure de génération sacrifiée. Anne, la sœur, peine à terminer sa thèse. Pierre, l’aîné, ne parvient pas à assumer sa relation avec Elise, une jeune femme pourtant parfaite en tout point. Quant à Joschua, le benjamin, il se réfugie dans le dessin pour échapper à la réalité et à un amant devenu trop pressant. Reste Vera, la tante, une bonne samaritaine un rien dépravée, qui défend les sans-abris un verre de champagne à la main. Dans ce huis clos, où la figure du père absent est omniprésente, l’issue proposée par l’auteur est un peu facile. Comme s’il suffisait de détruire les souvenirs pour oublier…

Dans ce roman à l'accent russe, il est aussi question d’exil, de guerre et de collaboration. La plume de Stanislas Wails distille un parfum éphémère mais entêtant comme ce secret à peine énoncé, de suite enterré mais impossible à occulter. Réflexion sur les actes des générations passées, et sur la façon dont nos vies en sont impactées, La Maison Matchaiev interroge le lecteur. Et si ignorer ses origines était finalement une chance...

Extrait :

« Comme pour faire tomber la nuit plus vite, Anne mit le raga de la veille, à la même heure. Les notes égrenées une à une, avec lenteur afin que leurs harmoniques aient le temps de former un fond sonore aussi souple que chatoyant, telles ces soieries indiennes mises à sécher au bord du Gange et qui palpitent dans les soirées de Bénarès, détenaient l’étonnant pouvoir de densifier le silence. Agissant à la façon de ces gros aimants ronds et polis qu’on jette au milieu d’une table recouverte de limailles, elles attiraient les dernières bribes de bruits pour mieux les dissoudre, par une alchimie incompréhensible mais efficace.

Anne posa les deux mains sur la vitre fraîche de la porte-fenêtre, elle sentit sa respiration devenir profonde. Dehors la colline verdoyante et la forêt qui lui succédait étaient déjà dans l’ombre, immobiles, en attente. Anne ne les regardaient pas vraiment. La musique, qu’elle connaissait par cœur et qui se déployait en même temps comme pour la première fois, était pareille à un kaléidoscope, gorgée d’odeurs, de couleurs, de formes merveilleusement élaborées, et tragiquement éphémères. »

 

La maison Matchaiev, Stanislas Wails, éd. Serge Safran, 256 p., 17 €.

 

Photo : DR

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