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5 octobre 2010 2 05 /10 /octobre /2010 07:43

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Les petits papiers de Mademoiselle reçoivent, Manuela Kongolo, l’auteur de Cocaïne et tête de veau paru aux éditions du Rocher. Dans son livre, la journaliste de Paris Match relate un fait divers qui s’est déroulé en Bretagne. En 2005, pour combler leurs dettes et sauver la boucherie familiale du désastre, deux frères se lancent dans le trafic de drogue. Pendant deux ans, Sylvain et Jean-Marc, mènent ainsi une double vie. S’appuyant sur un réseau de revendeurs constitué de carrossiers, de routiers et de marins pécheurs, ils deviennent les plus gros dealers de la région. Mais en 2007, la brigade des stupéfiants découvre leur petit manège. Sylvain et Jean-Marc sont envoyés deux ans en prison.

 

Comment avez-vous eu connaissance de cette affaire et pourquoi avoir décidé d’en faire un livre ?

En visionnant l’excellente émission Pièces à convictions, intitulée " Cocaïne, au cœur du trafic ", présentée par Elise Lucet. Dans le cadre d'un reportage illustrant la banalisation de la cocaïne, on découvrait deux frères bouchers qui pour sauver leur commerce de la faillite ont entrepris de se lancer dans le trafic de drogue. Leur profil, d’honnêtes commerçants élevés par des parents unis dans un petit bourg de Bretagne, si loin de tous les clichés concernant les trafiquants de drogue a suscité ma curiosité.


De quelle façon êtes-vous remontée jusqu’aux deux frères, Sylvain et Jean-Marc ?

J'ai d'abord recherché les articles de presse sur le sujet. Munie de leur nom, de celui de leur avocat, j'ai passé un coup de fil pour introduire ma demande


Lors de la première rencontre, étaient-ils « conformes » à l’image que vous vous étiez faites d’eux ?

Absolument ! De braves types un peu dépassés par les proportions qu'avait pris leur folle entreprise. Mais surtout, très marqués par leur passage en prison et les conséquences judiciaires de l'affaire. Une autre chose m'a également frappée en les rencontrant chez leurs parents, chez qui ils vivent depuis leur sortie de prison, c'est le climat paisible, l'affection palpable, la complicité qui unit cette famille. Encore une fois, un climat très éloigné de celui qui entoure en général les délinquants qui bien souvent sont issus de familles désunies et ravagées par les conflits.


Qu’est-ce qui vous a le plus heurtée dans leur récit des faits ?

Le choc qu'ont subis les parents qui ignoraient tout de leur trafic lorsqu'ils ont découverts de manière brutale que non seulement leur deux fils vendaient de la drogue, mais que le cadet était devenu dépendant. Et puis bien sûr, leur récit de leur entrée en prison, de la découverte d'une réalité carcérale, brutale, violente. Mais aussi, au travers des rencontres et des liens qu'ils y ont tissés, parfois surprenante, déroutante et émouvante.

 

Aujourd’hui, Sylvain dit qu’il « ne recommencerait pour rien au monde », tandis que Jean-Marc retenterait bien l’expérience s’il n’y avait pas ses parents, selon vous où est la faille dans le système carcéral français ?

Le fait de "mélanger" des primo-délinquants à des multirécidivistes. Avant la prison, les deux frères n'avaient jamais fréquenté de voyous puisque le trafic était organisé avec des connaissances, des relations qui n'avaient comme eux aucun antécédents judiciaires. Et voilà que la justice les envoie en maison d'arrêt. Sorte d'entonnoir où sont incarcérés tous sortes de criminels et de délinquants dans l'attente de leur procès à l'issu duquel, selon la gravité de leur infraction, ils seront placés dans des centres de détention où se retrouvent les courtes ou les longues peines. C'est ainsi que les frères se retrouvent à vivre au quotidien (durant dix-huit mois pour le cadet, deux ans pour l'aîné)  avec des meurtriers, des violeurs, des braqueurs, mais aussi des trafiquants chevronnés, pour la plupart récidivistes. Des délinquants en quelque sorte professionnels qui leur proposent de reprendre le trafic à la sortie, à une plus grande échelle. Et ce, avec le sentiment de leur offrir une véritable opportunité. Une réinsertion qui comporte des risques, mais qu'ils présentent comme lucrative et moins contraignante que la réinsertion classique qui oblige les trafiquants à s'acquitter, comme c'est le cas des frères, de lourdes amendes douanières et de pénalités fiscales, alors même que leurs bien ont été saisis.

 

Merci Manuela.

 

Manuela Kongolo, Cocaïne et tête de veau, éd. du Rocher, 210 p., 17 €

Photo DR

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Published by Mademoiselle
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commentaires

Alicia 05/10/2010 19:52


J'en avais entendu parlé à l'époque. En revanche, je ne savais pas qu'un livre paraissait sur le sujet. Merci


Mademoiselle 05/10/2010 16:31


Une histoire vraie qui plus est !


sheily 05/10/2010 16:29


Tiens... Une histoire qui me tente bien!