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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 07:00

 

San Juan[1]
Vendredi 15 octobre 1976 à San Juan, ville à l’ouest de l’Argentine, une jeune femme entre dans un magasin de cycles. Son vélo a un problème de frein, de dérailleur peut-être... Qu’elle parte donc faire une course, son vélo sera prêt vers midi. Elle revient à l’heure dite, paie et quitte le magasin. Dans la rue un homme en civil l’aborde, il semble vouloir l’entraîner quelque part. Elle résiste, se débat. Trois autres hommes arrivent et la poussent dans une Ford Falcon qui démarre aussitôt. Le vélo, une chaussure et une paire de lunettes restent abandonnés sur le trottoir, seuls indices de l’indicible.

 

Marie-Anne Erize avait 24 ans. Enlevée sous la dictature argentine (1976-1983), son corps n’a jamais été retrouvé. Courte mais intense, sa vie fut celle d'une étoile filante. Née dans une famille française établie en Argentine, Marie-Anne Erize passe son enfance dans la jungle au nord du pays. Mais déjà une autre vie l’attends, ses parents achètent une maison dans la banlieue de Buenos-Aires. Les mois passent, puis les années, Marie-Anne Erize marche à l’instinct, n’écoute que son cœur et, en fervente catholique, aide les autres autant qu'elle peut.

A 19 ans, elle jongle entre ses activités sociales, son travail d’assistante maternelle et un univers jusque-là inconnu : la mode. Son corps de liane, celui-là même qui l’a longtemps complexée, va devenir un de ses atouts. Elle commence à faire les couvertures des magazines nationaux. A 20 ans, rien ne lui résiste mais elle ne s’y trompe pas. « Marie-Anne n’est pas dupe : l’Argentine réelle n’a rien à voir avec celle des magazines ou de l’Alvear Palace ; c’est un pays à la peine, qui trime et ne mange pas toujours à sa faim », souligne le journaliste et auteur du livre Philippe Broussard. La jeune femme voyage, parcourt le monde entier mais revient toujours en Argentine, son port d’attache.

 

De retour chez elle, plus engagée que jamais, Marie-Anne Erize rejoint le groupe des Montoneros, un mouvement péroniste de gauche, et tourne définitivement la page de ses années mannequinat. Pour elle, l’essentiel est ailleurs. Traquée, elle refuse de quitter l'Argentine et l’étau se resserre plus vite qu’elle ne l'imagine. Enlevée le 15 octobre 1976, Marie-Anne Erize, fut violée, torturée et assassinée.

 

Au cours de l'enquête, Philippe Broussard est parvenu à identifier le principal suspect de l’affaire, Jorge Olivera, un officier d’extrême droite devenu avocat. La disparue de San Juan fait partie de ces livres nécessaires dont on ne ressort pas indemne.

 

A propos de l'auteur : Philippe Broussard est rédacteur en chef du service "enquête" de L'Express. Ancien grand reporter au Monde (1989-2005), il a reçu le prix Albert Londres en 1993.  

 

La disparue de San Juan de Philippe Broussard est dans la sélection du Prix ELLE.

Photo DR

 

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