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3 juin 2010 4 03 /06 /juin /2010 09:07

Fidèle à ma rubrique "L'Incipit du jeudi" je vous propose cette semaine un nouveau début de roman, biographique cette fois. Bonne lecture.
Mademoiselle

"Que faisiez-vous en juin 1903 ? C'est le genre de question que posent toujours les commissaires de police, comme si l'existence réclamait sans cesse des alibis... Le paisible Emile Loubet était président de la République, et la France s'éveillait en se demandant comment serait la journée ou plutôt le siècle. A vingt-trois ans, Guillaume Apollinaire apprenait le métier de flâneur sur la rive droite comme sur la rive gauche, tandis que Léon-Paul Fargue étudiait la "géographie secrète" des arrondissements. C'était de l'"urbanisme sentimental".

Quel temps faisait-il à Bellac ? Jean Giraudoux achevait son service militaire et rêvait à ses prochaines vacances dans sa ville natale. Valery Larbaud faisait de sa jeunesse une promenade et considérait les villes étrangères comme des "résidences secondaires". Paul Morand fréquentait encore le lycée Carnot, et, le soir, au dîner, son père appelait le président "monsieur Emile". A Montparnasse, Jim (je veux dire Henri-Pierre Roché) n'avait pas encore rencontré Jules (je veux dire Franz Hessel), mais cela ne tarderait pas. Ils essaieraient de comprendre le mystère des femmes et tomberaient sous le charme de Marie Laurencin. Le "petit Marcel" (je veux dire Proust) avait entrepris de dépeindre les salons parisiens pour Le Figaro. Jean Cocteau terminait sa quatrième au Petit Condorcet, fasciné par un de ses camarades de classe, "l'élève Dargelos". André Breton n'avait que sept ans et préparait sagement sa carrière de "rêveur définitif" à l'école communale de Pantin, tandis que l'on s'apprêtait à donner le départ du premier tour de France cycliste. Une vraie folie ! De l'autre côté de l'Atlantique, le petit Ernest Hemingway allait déjà à la pêche et à la chasse, avec son père, dans le Michigan...

J'ignore si l'on en tire plus de satisfactions que de désagréments mais, le 18 juin 1903, Raymond Radiguet se contenta de naître avenue du Rocher, à Saint-Maur-des-Fossés, dans la banlieue sud-est. Il vint au monde quatre mois après Georges Simenon et Raymond Queneau, dix jours après Marguerite Yourcenar. Quatre mois et dix jours seulement... Ainsi, "l'éternelle jeunesse" avait le même âge que les vieillards de notre littérature. Raymond Radiguet, mort à vingt ans et demi, était de la même génération que Georges Simenon, Raymond Queneau, Marguerite Yourcenar, qui prirent congé de la planète à quatre-vingt-six ans, soixante-treize ans et quatre-vingt-quatre ans. Cela étonne et laisse rêveur. Essayez d'imaginer un dîner réunissant le commissaire Maigret, Zazie et le comte d'Orgel... Mais c'est peut-être la date du trépas qui détermine les générations plus que la date de la naissance. Quand êtes-vous mort ? C'est la question qu'il faudrait poser.

En 1952, dans "Le Passé infini", Jean Cocteau refusait de se représenter le visage qu'aurait eu Radiguet à l'approche de la cinquantaine, car "la mort arrête les aiguilles de la pendule et nous fixe les êtres à la minute où nous les avons perdus"... "Raymond aurait cinquante ans, ajoutait Cocteau. Mais c'est son visage de vingt ans que j'interroge, qui me hante et me conseille encore avec ce mélange qu'il formait d'élève indocile et de sage chinois."" 

9782080668226[1]

 

 

 

 

 

 

PS : J'oubliais, c'est mon 100e post !!!

Photo DR

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Published by Mademoiselle - dans L'Incipit du jeudi
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commentaires

Mademoiselle 03/06/2010 12:15


On va tout faire pour ça ! Merci


Anouchka 03/06/2010 10:08


100e post ! Bravo ! J'espère qu'il y en aura encore beaucoup d'autres !